La Roumanie ne peut être modernisée que par des étrangers !

Dans le cadre du projet « Débats au café », le 28 février 2007 Eurocollege a proposé un nouveau débat sur un sujet d’actualité et controversée : « La Roumanie ne peut être modernisée que par des étrangers ! ».

Les deux équipes qui ont débattu ont été cordonnées par respectivement Monsieur Calin DANILESCU, consultant CAAN A&P, pour l’équipe des affirmateurs et, Monsieur Radu MAVRODIN, directeur des ressources humaines Michelin Roumanie, pour l’équipe des négateurs. Les prix pour les équipes participantes ont été offerts par le cabinet d’avocat Dana GRUIA DUFAUT.

Voila les arguments de chacune des équipes :

Equipe des affirmateurs (Amalia BEJENARU, Mihaela CIOLAN et Oana PICIORUS)

L’équipe a fait appel à l’histoire de Roumanie. Il a été évoqué que les idées de la révolution roumaine de 1848, ont été influencées par les révolutions européennes de l’époque. De plus, l’oeuvre du roi Carol le 1er de Roumanie (de nationalité allemande ! ), s’est traduite dans la modernisation des villes, et entre autres dans la construction des chemins de fer, des universités et d’un pont sur le Danube. Carol Davilla, un français, a beaucoup avancé le système médical roumain. Pour en conclure, il a été évoqué un fait symbolique, à savoir la peinture d’une femme, longtemps présentée dans l’histoire des roumains comme le symbole de la « Roumanie révolutionnaire » de 1848, et qui en effet représente une écossaise (Maria Grant).

En ce qui concerne le présent, une longue voie de modernisation s’est ouverte pour la Roumanie après les événements de 1989 et, le model occidental a été assumé comme un choix naturel. Il a été soutenu notamment par les projets Phare, ISPA et SAPARD et après l’adhésion à l’Union européenne par les fonds structurels. Selon l’Eurobaromètre réalisé en 2007, l’UE ensemble avec l’Eglise et l’Armée, forme le triangle de la confiance des roumains, et transforme l’UE dans le premier outil de modernisation. Dans ce contexte, les étrangers, apportent la technologie et le capital dont la Roumanie a besoin. Il est à noter l’exemple de Dacia – Renault, ou d’Arctic – Arcelik, montrant que les étrangers sont une opportunité pour la Roumanie.

Les étrangers représentent en conclusion une opportunité pour les roumains, idée qui a été illustrée par des exemples concrets visant l’influence majeure que les étrangers ont exercé sur le mode de vie, la mentalité et les domaines d’activité des roumains.

Equipe des negateus (Leonard STANESCU, Diana COCORU si Irina GROSU) :

La reprise ad litteram des modèles étrangers n’est pas toujours viable, le découpage et la transposition totale, sans adapter les modèles, pouvant mener à des déséquilibres dans la société roumaine. Il faudrait que les modèles soient d’abord adaptés. Copier donc mot à mot peut mener à une perte de l’identité nationale. En revanche, développer la diversité dans l’unité peut mener à l’individualisation des régions. Il faut que les valeurs nationales soient conservées afin de conserver l’identité. Plusieurs exemples ont été avancés afin de comprendre la mauvaise influence des étrangers sur les roumains, notamment le communisme, un exemple de dirigisme à travers un modèle emprunté.

La modernisation sans la volonté du people ou imposée n’est pas possible. Les étrangers n’auraient pas réussi imposer la modernisation, sans le “consentement” des roumains. Le meilleur exemple serait que les roumains ont souhaité être gouvernés par des rois étrangers qui, sont devenus roumains et ont changé même leur religion. Les dirigeants phanariotes, ont été même, selon l’opinion de certains historiens, assimilés par les roumains. Il faut noter que qu’on peut faire confiance plutôt aux roumains, offrant de la stabilité du point de vue financier qu’aux étrangers qui viennent et qui vont selon leurs intérêts.

La Roumanie ne peut être modernisée par les étrangers que si les roumains en participent et ils deviennent la force créatrice du besoin. Il est facile de constater que les roumains ont une motivation forte par rapport aux autres peuples et l’absence de motivation, peut amener à une stagnation. A la base de la modernisation est cette motivation forte des roumains qui les poussera vers les résultats attendus et désirés par eux et non pas vers les résultats escomptés par les étrangers en ce qui les concerne.

Le vote du public a donné gagnante l’équipe des affirmateurs avec un score très serré : 19 contre 18.

Projet Débats au café

1. Présentation Eurocollège

L’Associaţion des diplômés et des étudiants du Collège Juridique Franco – Roumain d’Etudes Européennes[1]Eurocollège – est une personne morale à but non lucratif qui poursuit notamment l’intégration européenne de la Roumanie et le développement des relations de coopération entre la Roumanie, la France et d’autres Etats européens. L’Association regroupe des diplômés et des étudiants du Collège et met en valeur la coopération entre ceux-ci afin de créer des réseaux.

Parmi les projets développés par l’association on peut énumérer :

- participation des étudiants à des séminaires et conventions

- conclusions des partenariats avec les institutions roumaines en vu de proposer des stages aux étudiants

- animation du projet Débats au café

2. Débats au café : objectifs & déroulement

Lancé au printemps 2007, le projet Débats au café propose l’organisation des discussions en français sur des sujets d’actualité dans des domaines variés : ex. questions sociales, économie, relations internationales, droit etc. Les motions à débattre sont choisies parmi les problématiques d’actualité et controversées de la société roumaine. Les participants sont principalement les étudiants du Collège, l’inscription étant volontaire. Une équipe dédiée à la gestion du projet a été mise en place.

Les étudiants participants sont repartis en deux équipes en fonction de leur position par rapport à la motion : une équipe affirmatrice et une négatrice. Les équipes sont coordonnées par un invité – un acteur de la vie « active » : ex. diplomates, professeurs, avocats, hommes d’affaires, journalistes, etc. D’autres invités sont aussi conviés de partager leurs points de vue sur le sujet. Les deux équipes essaient pendant 45 minutes de convaincre le public participant de la pertinence de leur position par rapport à la motion. Les règles du débat sont strictes, elles ne peuvent pas être outrepassées et l‘application repose sur le modérateur du débat. A la fin du débat, le public pose des questions aux équipes, aux coordonnateurs et aux invités et, enfin, il vote en secret pour l’équipe gagnante. Les deux équipes sont récompensées, chacune en fonction de sa prestation.

Les débats sont organisés en principe mensuellement, pendant la période d’études universitaires. De plus, ils ont lieu en dehors de l’espace académique, se déroulent le soir, principalement dans un café au centre de Bucarest.

Les débats amènent chaque fois environ 30-40 étudiants et diplômés. Les participants ont ainsi l’opportunité de réaliser des liens avec des professionnels de la « vie active » (coordonnateurs des équipes et invités), de bâtir des réseaux et, non sans importance, d’améliorer le niveau de français. De plus, les débats développent aussi l’esprit combatif des participants ainsi que l’esprit critique, offrant l’opportunité d’une approche différent sur des sujets parfois tabou pour la société roumaine, tout en gardant un niveau intellectuel élevé de la discussion.

3. Débats achevés

Plusieurs débats ont été réalisés depuis le lancement du projet :

Le premier débat a eu comme motion la politique énergétique de Roumanie : « Le Proche Orient, une meilleure alternative pour la politique énergétique de Roumaine ». Les invités qui ont coordonné les deux équipes ont été Mr. Omar SELIM, le consul d’Egypte en Roumanie, pour l’équipe des affirmateurs, et Mr. Silviu NEGUT, Professeur en géopolitique à l’Académie des Etudes Economiques de Bucarest, pour l’équipe des négateurs.

Le deuxième débat a abordé d’un angle pratique les relations de la Roumanie avec la République de Moldova. La motion proposée a été : « La Roumanie devrait assumer une relation pragmatique avec la République de Moldova » et, a eu comme invité Mr. Georg OBERREITER, Ministre plénipotentiaire de la République d’Autriche. L’invité a pu partager ses expériences dans la gestion des relations diplomatiques à la fois avec la Roumanie et la République de Moldova.

Un troisième débat a traité différemment un thème sensible pour la société roumaine : spaga (en français, le bakchich). Le titre du débat, provocateur en soi : « Spaga este buna ! » (Le bakchich est bon !) a été approché avec beaucoup de courage par les étudiants, sous la coordination de respectivement Mr. Jean-François PERES, directeur de la revue « Regard », pour l’équipe des affirmateurs et de Mme. Dana GRUIA DUFAUT, avocat au barreau de Bucarest, pour l’équipe des négateurs. L’événement a reçu le soutien de la société Michelin qui a récompensé les équipes participantes (voir ci-après le résumé du débat).

4. Perspectives

L’association se propose de développer prochainement plusieurs débats sur d’autres sujets d’actualité. Le prochain débat aura lieu le 28 février 2008 et traitera la motion : « La Roumanie ne peut être modernisée que par des étrangers ». Les équipes seront coordonnées par respectivement Mr. Calin Danilescu, consultant d’affaires au sein de la société CAAN A&P, pour l’équipe des affirmateurs, et Mr. Radu Mavrodin, directeur des ressources humaines chez Michelin Roumanie, pour l’équipe des négateurs.

Dans les mois à venir plusieurs sujets feront l’objet des débats : la place de la Roumanie dans l’Europe, la spécificité des roumains face aux européens, etc.

5. Partenaires du projet

Les projets one été développés en partenariat avec des ambassades (Ambassade d’Autriche en Roumanie, Ambassade d’Egypte en Roumanie) des universités (Académie d’Etudes Economiques, Collège Juridique Franco-Roumain d’Etudes Européennes), des entreprises (Michelin Roumanie) ou des cabinets d’avocats (Cabinet Dana Gruia Dufaut).

La communication des débats se fait à travers des sites Internet et par des annonces affichés dans le milieu universitaire. Un weblog a été aussi créé, afin de mieux soutenir la communication de l’événement (http://eurocollegebucarest.wordpress.com/)

6. Contact

Mr. Calin Danilescu

Consultant CAAN A&P

Chargé de cours au Collège Juridique Franco–Roumain d’Etudes Européennes

Vice-président Eurocollège

E-mail : calin.danilescu@gmail.com


[1] Collège Juridique Franco – Roumain d’Etudes Européennes est une institution d’enseignement supérieure fondée en 1995 par un partenariat entre la Faculté de Droit de l’Université de Bucarest et Université Paris I Panthéon-Sorbonne. L’admission au Collège s’effectue dès le début des études à la Faculté roumaine par passage d’un concours écrit de contrôle des connaissances de la langue française et d’aptitude au traitement de l’information. Chaque année, environ 90 étudiants réussissent ce concours et s’inscrivent en 1ère année. Après admission, les étudiants ont obligation de suivre les enseignements du Collège en parallèle avec ceux de la Faculté de Droit durant quatre ans. Les étudiants du Collège sont inscrits administrativement à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne qui leur délivre les diplômes français de Licence.

Spaga este buna!

Dans le cadre du projet « Débats au café », le 15 novembre 2007 Eurocollege a proposé un nouveau débat sur un sujet d’actualité et controversée : « Spaga este buna ! » (en français : le bakchichs est bon)[1]

Deux équipes, une affirmatrice et une négatrice, formées chacune de trois étudiants du Collège Juridique Franco-roumain d’Etudes Européennes se sont confrontées sur ce sujet, essayant convaincre le public du bien fondée de leur position. Les équipes ont été coordonnées par respectivement Madame l’avocat Dana GRUIA DUFAUT, pour l’équipe des affirmateurs et Monsieur Jean François PERES, directeur général de la revue « Regard », pour l’équipe des négateurs. Le débat a été animé par Monsieur Calin DANILESCU, ancien étudiant du Collège.

Voila les arguments de chacune des équipes :  

Equipe des affirmateurs (Laura PENES, Ana Maria RUSU, Mihaela BALAS) :

La spaga est un mal nécessaire. Elle est à la fois le moteur invisible et la cause d’une société en transition. Spaga relève son rôle de “lubrifiant” social, notamment dans deux domaines avec une grande importance pour la société: le domaine administratif et celui médical.

Quant au domaine administratif, spaga aide à un déroulement plus rapide des procédures. Le système administratif roumain, réputé comme lent, rallonge davantage les délais d’attente pour le moindre document ou pour des choses encore plus “compliquées” comme une signature. Tout cela impacte négativement le circuit économique et les affaires en général. Ces inconvénients du système sont évitables moyennant la spaga qui le dynamise et qui lui donne l’impulsion nécessaire.

Quant au domaine médical la situation est encore plus délicate. Au sein du système médical roumain, par ailleurs malade, la spaga a un rôle plus marqué. Elle est une stimulation pour le personnel médical, mal payé. Elle assure l’accès aux médecins réputés comme professionnels et, enfin, elle rend plus supportable la vie dans un hôpital, car elle aide améliorer le comportement du personnel médical. Parfois, malheureusement, donner ou refuser de donner spaga équivaut avec vivre ou mourir et, dans cette situation précise, il est fort évident que spaga este buna

Equipe des négateurs (Alexandra NEACSU, Carmen KORSINSZKI, Bianca MIRCEA)

Spaga influence d’une manière négative le développement de la société. Elle mène à la corruption à tous les niveaux de la société, mais, avec des conséquences plus dangereuses au niveau bas de celle-ci, où elle est difficilement supprimable.

Donner spaga c’est encourager des services faibles. Les fournisseurs n’auront aucun intérêt à améliorer leurs services. 

Spaga est reçue car elle est offerte. Elle mène à des discriminations évidentes. Seules les personnes qui ont les moyens de la payer peuvent obtenir ce qu’ils cherchent parce que les fonctionnaires de l’Etat se sont accommodés à ne pas agir sans avoir reçu des petits cadeaux assimilés à la spaga.

Spaga empêche la transparence de la circulation des informations. Elle n’est pas une nécessité, mais seulement une manière de conserver la commodité. 

Le vote du public a donné gagnante l’équipe des affirmateurs avec un score très serré : 11 contre 9.


[1] En roumain, spaga est un substantif au gendre féminin. Tout référence dans le texte au mot spaga sera faite au féminin.